Hécatombe d’Eseka: une si mauvaise gestion de la catastrophe

Parti de Yaoundé ce vendredi 21 octobre 2016, le train 152 de la Camrail à destination de Douala a déraillé à proximité de la gare ferroviaire d’Eseka. Une quinzaine de voitures se sont renversées, dont quatre qui ont basculées dans un ravin. Quelque 1 200 à 1 300 personnes, en majorité des jeunes, voyageaient à bord de ce « train de la mort ». Bilan provisoire : 80 morts et 600 blessés. Pathétique. Il faut dire que ce déraillement est en effet intervenu, alors que la route entre Yaoundé et Douala avait été coupée à l’aube, au lieu dit Matomb, rendant ainsi impossible la circulation en voiture entre ces deux grandes métropoles du pays.

C’est vrai, les catastrophes de ce genre arrivent tous les jours dans le monde. Il ne s’agit donc pas d’une exclusivité camerounaise. Mais, la curiosité chez nous, c’est quand même la gestion trop approximative et quasi nulle, faite de cette catastrophe par l’ensemble des intervenants. Le constat est clair et alarmant: Les Camerounais n’étaient aucunement pas préparés à la gestion d’une telle hécatombe et ignorent terriblement les règles élémentaires de gestion de tels évènements. Sinon, comment comprendre ces nombreux manquements constatés ça et là, ce curieux vendredi noir à Eseka ?

Des voitures du train 152 dans le ravin
Des voitures du train 152 dans le ravin

Camrail et son manque accru de professionnalisme

 Nul doute! La route coupée entre Yaoundé et Douala, a drainé un flux assez considérable des passagers vers la gare ferroviaire de Yaoundé. Mais, était-ce sincèrement un bon prétexte pour la compagnie Camrail de rajouter 8 voitures supplémentaires à une locomotive qui aurait pourtant l’habitude d’en tirer 9? Quel était l’intérêt d’une telle manœuvre? Souci mercantiliste ou élan de cœur? Qui a donc pu donner un tel ordre? Autant de questions embarrassantes, jusqu’ici sans réponses. Passons.

Et pire, jusqu’à l’heure qu’il est, la société Camrail n’a toujours pas pu communiquer la liste officielle des passagers qui ont embarqués dans ce train exceptionnel. Étaient-ils tous enregistrés? Évidemment, dans de tels circonstances, gérer la crise est si difficile. Chaque famille se débrouille comme elle peut pour avoir les nouvelles d’un des siens à bord de ce train. Que de disparus!

Toutefois, certains corps ont quand même été identifiés. De nombreux sinistrés sont pleins dans les hôpitaux. Quelques noms juste, sont officiellement connus. Et pourtant, de nombreuses personnes présentes dans le train, manquent toujours à l’appel. Mais curieusement, personne à Camrail ne vous dit rien sur les noms de tous les passagers. Les familles ne savent finalement plus à quel saint se vouer.  C’est la débrouille totale pour retrouver ou un ami, ou parent, un frère, une sœur, une collègue ,un enfant… D’ailleurs, il a fallu attendre deux jours plus tard, pour qu’une conférence de presse de leur part et la première prise officielle de parole des responsables de cette société soient données. Effroyable!

Le gouvernement et son laxisme étonnant

L’accident d’Eseka, a lieu aux environs de 13h20 ce fameux « vendredi noir ». Mais, c’est seulement aux environs de 18h30, que les premières autorités gouvernementales arrivent sur le terrain. Soit, près de 6h de temps après le drame. Bien évidemment en vestes et cravates hein, comme s’ils se rendaient à un bal de vétérans. Entre temps les morts se multiplient par dizaine, par manque cruel de secours professionnels. Et plus curieux, ces Ministres des transports et de la santé, atterrissaient sur le lieu du drame, avec un hélicoptère qui aurait pourtant pu servir à transporter des médecins, des spécialistes et autres personnels de la santé, pour les premiers secours efficients aux sinistrés. Ahurissant!

Il me semble donc que, pareille attitude du gouvernement camerounais, prouve que les autorités de notre pays, durant les premières heures, n’aient pas réalisé toute la gravité de l’accident et surtout sa dimension internationale. Cela explique d’ailleurs en partie, sans pour autant les excuser, le fait qu’elles aient tardé à agir. On leur a surtout reproché le fait d’avoir ainsi minimisé la catastrophe, en publiant un premier bilan faisant état de cinquante morts seulement, bilan qui s’est progressivement et lourdement allongé au fil des jours, au point d’atteindre les quatre vingts morts aujourd’hui.

Comment donc comprendre que, dans une telle catastrophe, le Cameroun n’ait pas une structure solide et spécialisée pour la protection civile? Comment surtout comprendre que, le seul maigre hôpital d’Eseka, disponible, soit autant caduc et délabré, sans personnel adéquat, ni plateau technique solide, pour la prise en charge des accidentés? conséquence: il a tout simplement été débordé.  Où étaient donc passés le SAMU national et toutes les ambulances souvent nécessaires en pareille circonstance? Les blessés et les corps étaient plutôt transportés par des riverains sur des motos, et autres porte-tout. Avec tous les risques que cela comporte. Chacun se débrouillant comme il peut, pour s’en sortir. Lamentable!

Des accidents dans l’émoi et la consternation
Des accidentés dans l’émoi et la consternation

 La gestion inadéquate des morts et des blessés…

Bien plus, lors d’une catastrophe, comme celle d’Eseka, une gestion digne et adéquate des dépouilles mortelles et des blessés est essentielle pour permettre aux familles de connaître le sort de leurs proches et de pleurer leurs morts.

La gestion adéquate des accidentés du « train de la mort », devait donc constituer un aspect essentiel de l’action humanitaire, au même titre que le sauvetage des survivants et les soins qui leur ont été donnés ou la fourniture des services de base qui leur ont été administrés. Malheureusement, les blessés et les corps d’Eseka, eux, ont été empilés à la morgue et à hôpital du coin, parfois dans le noir, en attendant biensûr leur évacuation à Yaoundé et Douala. Aucune priorité, d’aider les gens à éviter l’isolement et leur donner la possibilité de pleurer leurs morts de façon appropriée, n’a été ressentie. Dramatique!

L’amateurisme exacerbé des internautes sur les réseaux sociaux

Et pendant que les accidentés bagarraient avec la mort sur le terrain du drame, certains internautes amateurs, et sans scrupule, pour émouvoir l’opinion, eux se chargeaient plutôt de poster des photos, posts et autres vidéos indécentes de ces accidentés et même des morts. Ces images brutales et atroces, qui n’ont pourtant pas été vérifiées selon les usages, ont suscité de vives émotions et de la consternation, brisant malheureusement encore plus, les cœurs et les esprits.

Et pourtant, la diffusion de ce type d’images ne correspond pas à la conception de l’information et de l’éthique. Dans son sens le plus courant, ces amateurs des réseaux sociaux ont carrément utilisé la rumeur, une information entièrement imaginaire, à l’origine de laquelle il n’y a véritablement et forcément pas de vérité délibérée, pour dire n’importe quoi sur la toile. On se basait alors sur les « Quelqu’un m’a dit que quelqu’un lui a dit que… ». Oubliant que cette attitude malsaine et malheureuse, tendait plutôt à alarmer et à perturber psychologiquement un peu plus les membres des familles déjà affaiblies et meurtries, car jusqu’ici sans nouvelles de leurs proches. Ces reporters d’un autre genre, se sont ainsi servi des réseaux sociaux, pour déstabiliser les cœurs et créer la psychose, au lieu de rassurer et de réconforter, ceux qui souffraient tant déjà. Inacceptable!

La très mauvaise gestion de l’information par les médias

Les médias nationaux et leurs journalistes et autres techniciens, ne se sont pas limités à informer sérieusement le public. Il suffit de relire, avec un certain recul, tout ce qui s’est publié, ou les enregistrements de ce qui a été dit à la radio et à la télévision, pour mesurer à quel point le public a été désorienté et désinformé quelquefois. Il s’est écoulé plusieurs heures avant que les citoyens camerounais aient vraiment eu connaissance des événements qui s’étaient produits chez eux, et que les autres pays en soient officiellement informés. Tout était puisé dans la rumeur, car aucun reporter sur place à Eseka, juste après cette boucherie humaine.

Et curieusement, certaines chaînes TV,  continuaient carrément de diffuser leurs programmes habituels, des danses et autres distractions, avec en bas de l’écran, quand elles le pouvaient, un simple bandeau en rouge, alertant sur l’événement. Puis des directs et des émissions spéciales se sont lancés, et avec eux une avalanche de vidéos et de photos prises sur le vif et récupérées sur facebook et autres, tout cela, sans aucun filtre hein, confrontant malheureusement les téléspectateurs à la violence du drame.

Et pourtant, des télévisions sérieuses, en pareils moments, jouent un rôle humanitaire et tentent donc de rassurer en donnant « minute by minute », l’information utile et nécessaire. À cet effet, elles envoient sans tarder, des reporters sur le terrain, les minutes qui suivent le drame,  pour rendre effectivement compte en continu, des faits, des vrais. Mais, le manque criard de professionnalisme et l’amateurisme brute de nos médias, a laissé voir des télévisions parfois dépassées par les événements. Incroyable!

L'accident était si violent et grave
L’accident était si violent et grave

Des leçons à tirer pour qu’il n’y ait plus jamais ça!

Cette « triste » catastrophe du déraillement du train à Eseka, est donc venue fortement secouer les autorités, mais aussi la population camerounaise, parce que chez nous, on avait justement tendance à croire que rien ne va nous arriver d’aussi graaaaaaaave. Et donc que, de tels drames ne concernaient que les autres. Juste à évoquer de telles choses, les gens penseraient tout de suite qu’on est trop alarmiste. Que non!

Il est clair que, c’est irrémédiablement le manque de préparation et la mauvaise gestion de cette catastrophe ferroviaire qui ont causé la perte de tant de vies humaines et les dégâts qu’on connaît. Il faut donc nécessairement que le Cameroun mette en place , et dès maintenant, un système efficace de gestion des catastrophes et que tous les Camerounais se mettent à l’école des premiers secours. Parce que, dans ce cas précis, malgré les événements que le Cameroun a eu de ce genre dans le passé, on s’est bien rendu compte que, les autorités et les populations du Cameroun, ont eu l’air d’être prises au dépourvu.

Effectivement, il y a un problème de gouvernance dans notre pays, on ne le nie pas, mais, il est bien démontré que, c’est bien le manque de préparation et la si mauvaise gestion du drame d’Eseka, qui ont caractérisé cette boucherie humaine. Les Camerounais dans leur ensemble, ont toujours négligé la survenue de telles hécatombes, et on a donc tous vu le résultat vendredi dernier. Qu’on se réveille donc enfin tous comme un seul peuple, pour ne plus jamais vivre ça en tout cas! Hier c’était les autres, demain ça peut forcément être nous, qui sait?

Courage à toutes les familles meurtries. Bon rétablissement aux accidentés. Repos éternels aux âmes des disparus.

Fabrice NOUANGA

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Fabrice NOUANGA

Fabrice NOUANGA

Bonjour chers tous! J'exerce comme professeur de français Au Cameroun, mon Mboa. Par ailleurs, je suis écrivain et me passionne donc tant pour la lecture et l'écriture. En fait, au Mboa, nous sommes vraiment formidables, car nous avons nos habitudes particulières et nos attitudes singulières. Dans les "mboattitudes", je passe à ma façon hein, ces attitudes du Mboa au scanner. Mondobloguement vôtre!!!

4 commentaire sur “Hécatombe d’Eseka: une si mauvaise gestion de la catastrophe

  1. Merci Sieur Nouanga, ma soif vous me l’avez étanché, mais je reste un peu troublée. Hier kan j regardai le journal de canal 2, des rescapés ont été interviewé et ils ont affirmé y avoir vu bien plus de 150 corps, mais notre chaîne nationale et vous dites 80. Où dois-je m’abreuver??

  2. Incroyable!!! Mais vrai. Au final le gouvernement de ce pays est le premier enemi de la population vu ce manque de considération à l’egar des victimes. Le secours nous viens de DIEU seul tous ces hypocrites là aka!!! Prions sans cesse afin que de telle catastrophes n’arrives plus

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