Vivre avec la mort au Cameroun, un défi quotidien

Ces derniers jours ont particulièrement été sanglants au Cameroun. Que de drames se sont succédés. La mort a durement frappé certains de nos compatriotes. On a ainsi vécu la tragédie de la disparition subite d’un évêque à Bafia, la boucherie humaine d’un attentat suicide à Mora, le carnage de plusieurs éléments de la gendarmerie par un de leur collègue à Kousseri, l’hécatombe d’un naufrage d’une embarcation de soldats de notre armée à Dibunsha, un parricide à Ngaoundéré, de graves accidents de circulation ça et là, et que sais-je encore ?

 

LA MORT,  UNE RÉALITÉ SI BRUSQUE ET CRUELLE

Que de morts subites et brusques ! Que de disparitions cruelles ! Que de pleurs et des larmes ! Que de tristesse ! Oui, la mort, ce pitoyable, cruel, horrible et terrible phénomène, a fini par surprendre ces Camerounais, qui ne demandaient qu’à vivre encore plus longtemps, non sans leur avoir laissé le moindre temps de se défendre ou de faire leurs adieux.

 

Elle est donc brusquement arrivée à leurs trousses, de façon insolente et à l’improviste, sans avoir aucunement pris la toute petite peine de leur aviser de sa venue. Oui, la mort effraie. Elle tétanise. Elle fait peur. Elle inquiète. Il est donc si difficile de parler d’elle. Elle demeure un véritable sujet tabou. Encore que même le mot «mort» à lui seul nous fait sursauter!

 

Mais je brise la glace dans cette chronique, et me jette à l’eau. Car la mort sévit malheureusement et plonge fatalement et froidement, des familles entières dans l’émoi et la consternation. On ne peut donc se retenir d’en parler.

 

La vie a une fin, c’est vrai. C’est notre seule certitude ; mais c’est curieusement aussi, la plus difficile à admettre. L’annonce d’un décès suscite toujours des silences gênés, des tristes condoléances de circonstance, une compassion appuyée. Pas si facile donc de trouver les mots justes… Il est impossible de réagir par l’indifférence.

 

 

UNE RÉALITÉ QUI FAIT TANT PEUR

Peur de la mort ou peur de mourir ? A ce destin scandaleux, nul ne s’habitue jamais. La mort est le paradoxe des paradoxes. C’est notre destin, et donc un phénomène bien ordinaire. Et pourtant, nul ne s’y habitue : Au Cameroun, chaque mort étonne encore et scandalise toujours, comme si elle était la première…
Mais, d’une façon générale, les morts impressionnent. Les précautions oratoires adoptées pour les désigner témoignent de notre embarras. D’un défunt, on préfère dire qu’il est parti ou plongé dans le sommeil de l’éternité. Saint Paul dans la Bible, nommait d’ailleurs les morts, « ceux qui dorment ».
Pourtant, pour tout Camerounais, la mort devrait être une réalité inéluctable. La vie de chacun d’entre nous finira par s’achever tôt ou tard par une mort définitive. Cet aspect de l’existence est un des défis les plus difficiles que la vie nous propose malheureusement, mais que nous acceptons difficilement.

 

 

 

UN SUJET TABOU
Au quotidien, la mort n’est pas un sujet auquel nous pensons forcement volontiers. Nous craignons tellement d’en parler. La plupart du temps, nous avons tendance à faire comme si cette réalité n’existait pas ou ne nous concernait pas. Dans la mesure du possible, la plupart d’entre nous évitons de penser à cette réalité cruelle. Mais, il nous arrive tous, de temps en temps, de nous faire rattraper par cette question.

 

Pourtant, à voir les gens disparaitre aussi brusquement et de façon tragique dans notre cher Mboa, c’est une question qui devrait absolument nous intéresser, car, elle nous touche tous directement ou indirectement. Du fait que nous soyons vivants, nous sommes voués à mourir tôt ou tard, d’une mort définitive. C’est indéniable. C’est un des paradoxes les plus troublants de notre existence et probablement la réalité la plus révoltante qui soit..

 

Il faut donc accepter et intégrer la mort comme une dimension fondamentale de notre existence; y consentir d’avance pour lui faire une place dans notre façon de vivre. La mort est un défi fondamental de l’existence humaine. Il s’agit d’une question que la vie nous présente et à laquelle il nous faut trouver des réponses qui auront un effet important sur l’ensemble de notre existence.
Les événements de notre vie se chargent de nous la rappeler. La mort imprévue d’un être cher, un accident sérieux, une maladie grave ou une tragédie dans notre environnement, viennent finalement souvent nous rappeler que, nous pouvons mourir à tout moment, que notre vie pourrait être radicalement écourtée ou soudainement changée de façon drastique. Ces accidents de parcours devraient absolument nous forcer à considérer la mort, comme une réalité importante.

 

 

NOUS DEVONS NOUS OCCUPER DE CE QUI EST ESSENTIEL DANS LA VIE

Parce qu’elle plane et est omniprésente, nous devons donc nous décider à nous occuper davantage de ce qui nous importerait le plus: notre famille, nos amis, les satisfactions importantes pour notre bonheur, nos valeurs prédominantes, le plaisir que nous prenons à vivre, etc. Tout cela, en évitant de donner la première place à des urgences superficielles.

 

Car nous avons une seule vie qui prend nécessairement fin par une mort imprévisible et inéluctable. Il faudrait que chacun de nous incluse dans cette vie, les éléments suivants: la vie est très est limitée; le moment de sa fin n’est pas défini à l’avance; la mort est définitive; chaque être vivant n’a qu’une seule vie.
La vie nous présente ce défi de la mort et chacun d’entre nous doit trouver sa propre façon d’y faire face. Elle fait partie de notre vie. Acceptons-la et cessons donc la considérerez comme une futilité, comme si elle n’avait pas vraiment d’importance ou comme si elle n’était pas réelle, ou ne concernait que d’autres personnes. Aujourd’hui ce sont les autres, demain, ça peut être nous.

 

IL FAUT LA CONSIDERER COMME UN DÉFI

C’est vrai que la mort a carrément perdu de sa gravité chez certains, dont la vie est éternellement et uniquement souffrante et misérabiliste. Elle est même devenue chez d’autres, un soulagement ou une libération. Elle a finalement perdu beaucoup d’importance chez beaucoup d’autres, qui croient dur comme fer qu’ils vont ressusciter ailleurs et dans de meilleures conditions.
Mais, de grâce, il n’est pas décent de nier une réalité aussi grossièrement évidente que la mort. Notre esprit humain est malheureusement souvent capable de prouesses étonnantes, lorsqu’il s’agit de justifier ses déficiences. Nous devons simplement savoir que, dans cette vie, la mort reste la seule et unique chose qui nous rapproche, nous les Hommes, la chose qui nous réunit et rassemble nos cœurs, et notre sincère Foi.

 

LA MORT,  UN CHEMIN DE TOUT LE MONDE

Que nous soyons donc Chrétiens, Musulmans, Bouddhistes , Juifs, Païens ou autres ; que nous soyons riches ou pauvres ; que nous soyons du Sud, du Centre, de l’Est ou de l’Ouest ; que nous soyons femme ou homme, mince ou gros, noire ou brune, il y a un fait incontestable : nous vivons avec la mort.

 

Elle devrait être notre défi quotidien.
Un jour ou l’autre, tout comme ceux qui nous ont précédés, nous finirons par quitter le navire, cette terre de misères, pour un autre monde, jusqu’ici inconnu de tous. Malheureusement, c’est la pure réalité, une réalité que nul ne doit nier, ignorer, cacher ou dissimuler. Car, seul Dieu sait le lieu, la manière, le jour, l’heure, les minutes et les secondes du départ de chacun.

 

Mes sincères condoléances aux familles durement éprouvées par la perte d’un être cher. Vivement que les âmes de tous ceux qui sont ainsi partis, reposent définivement en paix. R.I.P !

Fabrice Larry NOUANGA

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *