Cameroun : Hôpitaux publics, ces « H » de la Honte

Il y a quelques mois, j’ai assisté une amie victime d’un violent et tragique accident de moto sur la voie publique. Son bras droit déchiqueté par la violence du choc pendait et n’attendait donc que d’être amputé pour qu’elle espère vivre. Une fois rendus dans un hôpital public de la place en urgence, le spectacle était désolant.

Au milieu du vacarme dans la salle d’attente, la jeune dame saignait abondamment. Les secouristes apeurés de lui couper le bras pour la « sauver de la mort » ont quand-même pu le faire et ont immédiatement fait un garrot.  La dame doit alors faire face à une autre réalité : les médicaments manquent et, autour d’elle, la mort rôde. Je vous épargne la suite par pudeur, car la fin était plutôt tragique.

Des cas comme ceux-là sont devenus monnaie courante au Cameroun. Certaines structures hospitalières du Mboa, sont affublées de surnoms indignes tels que “mouroirs”, voire plus méprisants, “boulevard des allongés”, ou encore “hospices de vieillards”, compte tenu de la mauvaise qualité des soins et autres prestations prodiguées…

Des malades. Crédit photo : pixabay

 

Nos hôpitaux sont en fait des grands malades chroniques qui suffoquent. Ils sont tellement mal soignés et nécessitent peut-être aussi des « évacuations ». Un tableau sombre, qui fait froid au dos. Voici la liste non-exhaustive de leurs principaux symptômes:
1- UNE CORRUPTION ET UNE ARNAQUE NAUSÉABONDES

 

 

La corruption dicte sa loi dans nos hôpitaux. Les infirmiers et les médecins, mal payés et heureux de se faire de l’argent facile, chercheront toujours à extorquer du fric aux malades avant de les soigner. Ici, rien n’est fait gratuitement. Du simple accueil, à l’hospitalisation, il faut débourser des sous, ou pour dire cru, il faut corrompre. En effet, nos hôpitaux ont été contaminés par les virus de la vénalité et de la corruption. On paye pour avoir un certificat médical même sans voir un médecin. On monnaye pour avoir de meilleurs soins.

On paye pour avoir l’attention des gardes-malades. On paye pour sa sécurité. On paye pour éviter qu’un nouveau-né ne soit volé ou que les organes d’un proche ne soient détournés à la morgue. Et donc, qui ne payent pas, s’expose au hasard du sort. Les malades sont ainsi rançonnés et arnaqués tous les jours, au détriment de leur santé. Ce qui passe en premier, c’est le fric. Le fameux serment d’Hippocrate est ainsi foulé au pied. L’incivisme dicte sa loi !
2- UN PERSONNEL MÉDICAL INCOMPÉTENT

 

 

Nos hôpitaux sont pleins de personnel incompétent et mal formé. Certains médecins et d’infirmiers n’ont pas une qualification digne de ce nom. On recrute parfois sur des bases douteuses et non pertinentes, telles que le népotisme, le favoritisme et le tribalisme. Certains médecins arrivent même carrément à se tromper: opérations ratées, erreurs de diagnostic, actes bâclés voire inutiles.

Chacun est devenu pharmacien par excellence. N’importe qui peut prescrire une ordonnance médicale. On observe un manque cruel de professionnalisme et une incompétence notoire. Des «tueurs» ont ainsi envahi nos centres hospitaliers et font librement leur mauvais boulot, sans foi ni loi, au grand dam des autorités sanitaires. L’usure des personnels s’accentue à mesure que l’hôpital se mue en véritable refuge, dernière soupape d’une société en voie de précarisation.

La dépouille de Monique Koumatékel transportée vers la morgue…

 

3- UN MARCHÉ NOIR DE VENTE DE MÉDICAMENTS

 

 

Plus grave, les pansements, les solutés de remplissage, les perfusions et les antibiotiques manquent dans les hôpitaux et se vendent plutôt dans les rues, sous le couvert des médecins et infirmières. L’hôpital est donc rapidement en rupture de stock. Les secours tardent à arriver. On vous envoie acheter quelque part chez son frère dans une rue.

Les patients se lancent alors à la recherche des revendeurs de médicaments issus du marché noir, entretenu par ces médecins. Dans les villages isolés comme dans les grandes villes, les médicaments normalement délivrés sur ordonnance sont vendus librement et partout à des prix dérisoires. En plus d’ignorer la composition, la posologie et les effets secondaires de ces médicaments de rue, beaucoup de paysans ou d’employés exerçant un travail pénible se procurent des analgésiques comme le Tramadol pour affronter des journées interminables au risque réel d’addiction et d’overdose. Triste !
4- UN PLATEAU TECHNIQUE DÉLABRÉ

 

 

Nos hôpitaux, très vieux et caducs, ne disposent malheureusement pas d’un plateau technique satisfaisant. Tout ou presque y est archaïque. Les équipements sont vétustes, délabrés, désuets et vieillis. On observe un manque de lits, d’appareils performants, de technologie innovante et moderne. A quelques exceptions près bien sûr. On nous parle pourtant tous les jours d’hôpitaux de référence. Mais de quelle référence donc, si pour le moindre petit AVC il faut procéder à une évacuation sanitaire?

Bien plus, les produits pharmaceutiques ne sont pas viables, beaucoup sont illicites et parfois périmés, mais sont quand même en vente dans tous les coins et recoins. Le plateau technique est donc si obsolète que le système sanitaire est non opérationnel et non performant.

 

 

5- UNE CLOCHARDISATION DES MÉDECINS ET LA FUITE DES CERVEAUX

 

 

Les conditions de travail de certains praticiens de la santé, qui sont encore sous serment d’Hippocrate et qui le respectent, laissent à désirer. Les médecins et les infirmiers n’ont aucun statut réel et sont parmi les plus défavorisés des couches professionnelles. Ils sont mal payés et ne bénéficient pas de bonnes conditions de travail. À certains, il manque parfois jusqu’au matériel de travail, pendant que des allocations sont détournées depuis le sommet.

Leurs conditions de travail sont si déplorables qu’ils n’ont parfois pas le choix. Comment voulez-vous que nos médecins bossent bien s’ils ne peuvent pas assurer le minimum vital à leurs familles, parce que sans salaire parfois. Certains sont affectés dans les bourgades sans aucun accompagnement financier possible. Mais on leur demande quand même de sauver des vies ! Les pauvres !

La plupart des médecins vont donc fuir leur pays et aller exercer à l’étranger, pour la recherche d’un meilleur cadre de vie afin de mieux pratiquer leur profession. Et ce sont les pauvres Camerounais qui en pâtissent. Un regard jeté dans les hôpitaux étrangers, montre qu’ils sont remplis de nos médecins camerounais, de très bons, tous en quête de meilleure santé professionnelle. On constate donc une fuite criarde de nos compétences. Les gars préfèrent partir, à la recherche de lendemains meilleurs.

Une vie avec les médicaments. Crédit photo : pixabay

 

 

Le grand H de l’hôpital au Cameroun, correspond en fait au grand H de la… honte. Indiscutable!

 

 

Les hôpitaux publics au Cameroun saignent. Leur hémorragie est drastique. Ils sont rongés par divers symptômes très avancés tels que: le manque d’écoute et de communication dans la relation soignant-malade, le recrutement « gabégique » et anarchique d’un personnel parfois non qualifié et incompétent, la mauvaise qualité des soins et particulièrement des urgences, le manque criard d’hygiène, les équipement défectueux, l’absence de certains médicaments essentiels au lit du malade, la limite de la maintenance hospitalière, l’absentéisme régulier, le retard chronique, les erreurs médicales flagrantes, entre autres… Ainsi, à voir l’état lamentable de nos centres hospitaliers, il y a de quoi se faire du mauvais sang.

C’est vrai, L’État fait de plus en plus des efforts pour améliorer les conditions dans nos hôpitaux publics; certaines mesures sont à féliciter et à encourager, mais le personnel, toujours plus en souffrance, tend à saquer ces efforts par son comportement et ses attitudes malheureuses, déconcertantes et indécentes. Heureusement, il existe quand même encore quelques rares cas d’hôpitaux de confiance chez nous, souvent privés, il faut le dire, où l’on peut retrouver le sourire, une fois qu’on y est entré. Mais beaucoup, beaucoup trop même d’efforts, restent encore à faire.

Il faut qu’on puisse sensibiliser tous les médecins et tous les soignants à la nécessité de prendre en compte le patient dans sa globalité. À faire comprendre que ce patient est d’abord et avant tout une personne avec des droits et qu’il mérite de vivre, quelque soit sa couche sociale et ses origines.

 

PARCE QUE LA SANTÉ DES CAMEROUNAIS EST UN DROIT, PAS UNE FAVEUR.

 

Fabrice NOUANGA

Contact WhatsApp:+237694658721

2 commentaires sur “Cameroun : Hôpitaux publics, ces « H » de la Honte

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