20 mai 2019 au Cameroun: l’unité nationale dans la tourmente

           Lundi 20 mai 2019, c’est-à-dire dans trois jours exactement, le Cameroun célébrera dans toute l’étendue de son territoire, la traditionnelle fête nationale de l’unité. On sera alors rendu à la 47e édition depuis 1972. De milliers de Camerounais, de toutes les origines, vont ainsi défiler à travers le triangle national pour célébrer avec « fierté » cette unification. Nul ne l’ignore, dans l’ensemble, faste et solennité vont être les maîtres mots qui vont marquer cette « mémorable » journée de l’histoire de notre pays. Evidemment, du vin va couler à flot. La nourriture va remplir les tables. La nuit sera mouvementée de décibels et autres victuailles !

Et pourtant…

Depuis quelques années déjà, et après la dernière élection présidentielle d’octobre 2018, l’unité nationale tant vantée et célébrée chaque 20 mai est dans la tourmente. Elle agonise. Quand je vois les Camerounais vivre au quotidien depuis un certain temps, nul doute que l’unité est une grosse vue de l’esprit, un beau mensonge, au vu des cyniques maux ambiants qui gangrènent notre Nation et caractérisent nos mentalités.

 

À vrai dire, comment parler d’unité nationale face à la meurtrière crise anglophone qui sévit au Cameroun depuis plusieurs mois déjà ? Comment parler d’unité face au pernicieux tribalisme, à la vilaine crise socio-politique et à la nébuleuse Boko Haram qui foudroient le Cameroun ? Oui, l’unité nationale est une chimère.

Voici pourquoi l’unité nationale du Cameroun est dans la tourmente : quatre plaies béantes la font puer.

  • La meurtrière crise anglophone nous a divisés

La sale guerre causée par la crise anglophone dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest Cameroun continue de sévir et de laisser des victimes sur le carreau. Depuis plus d’un an, des violences récurrentes entre sécessionnistes armés et forces gouvernementales s’accentuent. Rien ne faiblit. De l’Église aux entreprises en passant par les populations, le point sur les victimes et conséquences de ce conflit sont incommensurables. Des familles entières affluent dans différentes villes situées en lisière des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Les autorités essaient de calmer la situation, mais peinent à se faire entendre car les « Ambazoniens » partisans d’une « Ambazonie » anglophone indépendante, continuent à semer la terreur et les localités de ces deux régions se vident chaque jour un peu plus de leurs habitants. Les armes continuent de crépiter. Les morts jonchent les rues. La population élit domicile dans les forêts. Comment donc, dans un tel contexte, parler d’unité nationale et organiser une fête à cet effet ? Alors que deux régions du pays sont carrément coupées du reste du territoire ?

 

  • La nébuleuse secte terroriste Boko Haram menace notre paix

 

Devant la multiplication des attentats et des enlèvements perpétrés par Boko Haram dans l’Extrême-nord du pays, la paix et l’unité du Cameroun sont vraiment dans la tourmente. Apparemment maîtrisée, mais la pernicieuse secte continue à multiplier les exactions et les attaques. Les terroristes de cette secte opèrent désormais avec une grande maîtrise du terrain, obligeant les populations à fuir leurs localités. De Fotokol à Kolofata en passant par Amchidé dans l’Extrême-nord du pays, des attaques meurtrières sont perpétrées par la secte. La situation s’améliore. Cette année, les attaques ont été rares. De milliers de morts en dix ans.

 

De millions de personnes déplacées. La frontière de quatre pays, le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad, le lac Tchad devenue un enfer pour les habitants de la région septentrionale du pays, le groupe djihadiste Boko Haram a fragilisé l’unité et la paix dans cette région. Les attentats kamikazes, certes, on n’en a plus eu depuis. Mais on ne peut pas dire que le risque n’existe plus. On a toujours des appréhensions. Et dans un tel contexte, faut-il réellement célébrer l’unité nationale?

 

 

 

Lors d’un attentat suicide perpétré par boko haram à Maroua à l’Extreme-nord du pays. Credit photo: PAUL E… Image reproduite avec autorisation
  • La crise socio-politique post-présidentielle fait trop de mécontents et d’aigris

 

Le silence est la pire des sentences pour un prisonnier d’opinion, parce qu’il participe à la banalisation du crime politique. Ainsi, au lendemain de l’élection présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun, qui a vu le président Biya réélu à près de 72% des suffrages selon les résultats officiels du Conseil Constitutionnel, Maurice Kamto, leader du parti MRC, devenu le principal opposant au régime de Paul Biya, et arrivé en deuxième position à la présidentielle qui revendiquait sa victoire, a été arrêté le lundi 28 janvier à Douala, ainsi que d’autres cadres et des centaines d’autres militants de son parti. Tous ont été  interpellés et réduits au silence à la suite des marches pacifiques organisées par leur parti.

 

Ils ont été déclarés coupables selon la justice d’« insurrection, hostilités contre la patrie, rébellion, dégradation de biens publics ou classés, outrage au président de la République, réunion et manifestation, attroupement, caractère politique, destruction et complicité des mêmes faits ». Cette série d’arrestations crée l’émoi, la  haine et même des violences dans la population. Une fameuse brigade anti « sardinards » est d’ailleurs créée pour traquer tous ceux qui osent se revendiquer du parti au pouvoir. L’escalade atteint son paroxysme. Des mécontents se comptent par milliers. Jamais le Cameroun n4a vécu autant de  démêlées politiques. Et comment dans un tel contexte parler d4unité nationale et oser faire la fête ?

 

Maurice Kamto et l’artiste musicien Valsero lors de la campagne présidentielle et et aujourd’hui incarcérés en prison. Credit photo: JOURNAL DU CAMEROUN. Image reproduite avec autorisation
  • Le pernicieux tribalisme nous a aliénés et détruits

 

Le tribalisme, cette survalorisation de notre identité tribale, cette négation et ce rejet de l’autre tribu, se manifeste partout au Cameroun. Et partout, il fait des ravages. Partout, il détruit. Partout, il aliène. Dès lors, plus que la compétence et l’efficacité, ce sont l’origine ethnique, la filiation, la religion qui deviennent le critère par excellence d’ascension sociale. Le tribalisme ignore donc carrément la méritocratie et l’excellence. Que ce soit pour un emploi dans le secteur public ou privé, un concours, un service public, un marché à exécuter… Ce qui compte n’est pas ce que l’on sait faire, mais celui que l’on connaît. Ah, chez nous ne dit-on pas d’ailleurs « qu’on est quelqu’un derrière quelqu’un… du village ? » Par conséquent, ce ne sont pas les plus compétents et les plus méritants qui sont engagés. Hélas!!!

Le tribalisme conduit donc chaque tribu à placer sa personne quelque part. Chacun va donc tenter via cette personne, souvent sans réelle compétence, de capter et de détourner les subventions, les avantages, les nominations et les services publics pour les envoyer vers son groupe tribal, ses « frères » du village, au détriment du reste des autres factions ethniques et de l’intérêt général. D’où l’émergence d’une société camerounaise dévergondée, incivique, amorale, immorale même ; une société fondée sur le clientélisme et la corruption, le favoritisme et le népotisme, le régionalisme et l’ethnicisme. Et comment dans un tel contexte, peut-on vraiment parler d’unité nationale ?

 

Des Camerounais massivement dans la rue pour une marche contre terrorisme. Crédit photo: CAMER ACTU. Image réproduite avec autorisation

L’unité nationale, un vrai mensonge…

 

Ces plaies béantes citées plus haut, entravent donc notre unité nationale et la tourmentent. Elles n’ont, au final, fait que consolider la misère, exacerber la pauvreté et creuser les inégalités et la désunion des Camerounais. Elles ont poussé certains Camerounais à se réfugier dans eux-mêmes, niant ainsi leurs semblables : un véritable cercle vicieux où les uns s’enrichissent gloutonnement et d’autres s’appauvrissent misérablement. Et puis quoi encore? Et dire que le 20 mai prochain le champagne va couler malgré toutes ces réalités cyniques et indigestes !

 

Fabrice NOUANGA
Contact WhatsApp : +237 694-658-721

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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