CAMEROUN: Le tribalisme, le seul vrai obstacle à l’unité nationale

Le 20 mai dernier, le Cameroun célébrait, dans toute l’étendue de son territoire, la traditionnelle fête nationale de l’unité. De milliers de Camerounais, de toutes les origines, ont défilé à travers le triangle national pour célébrer avec fierté cette unification. Bon, en dépit de l’incident curieux de la merco du Président subitement tombée en panne à Yaoundé, on peut dire que dans l’ensemble, faste et solennité ont été les maîtres mots qui ont marqué cette mémorable journée de l’histoire de notre pays. Ma joie était tout aussi immense hein! Surtout qu’on aime trop la fête au Mboa.

Le Presdident paul Biya devant le drapeau National lors de l’exécution de l'hymne national le 20 mai
Le Président Paul Biya devant le drapeau National lors de l’exécution de l’hymne national le 20 mai

Seulement, hier soir, une vive querelle sur une histoire de terrain entre deux de mes voisins m’a froidement touchée. En effet, l’un du « Centre » et donc « autochtone » de Yaoundé, estimait que l’autre de l' »Ouest » et donc « étranger » selon lui,  devait «rentrer chez lui» et ne devait pas venir discuter des affaires de terrain chez « eux ». Aïe, très dur d’entendre de telles inepties juste au lendemain du 20 mai hein.

Alors sincèrement, quelques jours après la grande fête, une pareille anecdote peut-elle nous conforter réellement dans cette unité dont on vante tant les prouesses et les mérites ? Je me suis finalement interrogé sur l’unité de mon pays. Et effectivement, quand je vois les Camerounais vivre au quotidien, pour moi, elle n’existe nullement. C’est une grosse vue de l’esprit au vu du cynique tribalisme ambiant qui gangrène notre Nation et caractérise nos mentalités.

À vrai dire, comment parler d’unité si chaque Camerounais où qu’il se trouve, et avant toute action, regarde d’abord le patronyme, écoute d’abord le dialecte parlé, puis pense d’abord à sa région, sa famille, son village, aux siens, aux ressortissants de son département avant de recruter, de rendre service, de faire du bien, d’aider, de soutenir, d’agir ?

Le tribalisme, cette survalorisation de notre identité tribale, cette négation et ce rejet de l’autre tribu, se manifeste partout. Et partout, il fait des ravages. Partout, il détruit. Partout, il aliène. Dès lors, plus que la compétence et l’efficacité, ce sont l’origine ethnique, la filiation, la religion qui deviennent le critère par excellence d’ascension sociale. Le tribalisme ignore donc carrément la méritocratie et l’excellence. Que ce soit pour un emploi dans le secteur public ou privé, un concours, un service public, un marché à exécuter…Ce qui compte, n’est pas ce que l’on sait faire, mais celui que l’on connaît. Ah, chez nous ne dit-on pas d’ailleurs « qu’on est quelqu’un derrière quelqu’un…du village ? » Par conséquent, ce ne sont pas les plus compétents et les plus méritants qui sont engagés. Hélas!!!

Le tribalisme conduit donc chaque tribu à placer sa personne quelque part. Chacun va donc tenter via cette personne, souvent sans réelle compétence, de capter et de détourner les subventions, les avantages, les nominations et les services publics pour les envoyer vers son groupe tribal, ses « frères » du village, au détriment du reste des autres factions ethniques et de l’intérêt général. D’où l’émergence d’une société camerounaise dévergondée, incivique, amorale, immorale même ; une société fondée sur le clientélisme et la corruption, le favoritisme et le népotisme, le régionalisme et l’ethnicisme.

Une affiche contre le tribalisme
Une affiche contre le tribalisme

Le tribalisme finit donc par limiter les avantages aux seuls membres de sa famille, de son clan ou de sa tribu. Il empêche finalement d’échanger et de collaborer avec les autres. Vous entendrez alors dans les coulisses : « Ils sortent d’ailleurs d’où ces gens qui ne sont pas de chez nous là?» Eh oui, tout pour son village, rien pour les autres! Yeuch! Au lieu, justement, de s’ouvrir et d’apprendre des autres, les Camerounais se sont enfermés dans des logiques réactionnaires de type « Nous contre eux; c’est notre tour aussi ». Par exemple quand un Ministre de la République ou un D.G est nommé, c’est d’abord sa région et donc son village qui célèbre. En fait, « leur tour de manger » est arrivé.

Et du coup, quelques semaines plus tard, dans le Ministère ou la l’Entreprise concernée, c’est le « village » entier qui est embauché. Tout le monde, du planton au grand boss, en passant par les agents d’entretien. Oui, tout le monde, parlera donc désormais la langue du Ministre ou du D.G promu. Tant pis pour les autres hein… Leur tour arrivera surement.

Ces attitudes n’ont, au final, fait que consolider la misère, exacerber la pauvreté et creuser les inégalités. Elles ont poussé certains Camerounais à se réfugier dans un « tribalisme protecteur » : un véritable cercle vicieux où les uns s’enrichissent gloutonnement et d’autres s’appauvrissent misérablement. Et puis quoi encore? On verra donc des Camerounais se comporter par l’exclusive, célébrant un culte immodéré de leur tribu, en entretenant l’idée d’une supériorité naturelle ou historique de celle-ci sur les autres. Quel gâchis!
Certains vont même carrément accoler des clichés et des stéréotypes aux autres tribus. Vous entendrez alors dire que les gens de la tribu X sont tribalistes, vantards, escrocs, prostituées, envahisseurs, « fous pour 5 min » ; et ceux de la tribu Y, des sorciers, des « mamy watta », des alcooliques, des fainéants, des méchants, des violents, des cupides, des « chichards », etc. Les tribus sont ainsi jugées globalement, sans réelle preuve de quoique ce soit! On finit donc par jeter un regard méprisant et insultant sur les autres à cause de ces préjugés non fondés. Finalement donc, chaque Camerounais fait la promotion de sa tribu et l’impose comme critère de sélection et de rejet en lieu et place de la compétence et de la valeur. Arrêtons ça voyons !!! Qui sommes nous d’ailleurs pour ainsi juger les d’autres Camerounais aussi cruellement ?

Sincèrement, je pense que tel qu’il se manifeste chez nous, le tribalisme fait peur. Il inquiète. Et pourtant il fait « petit d’esprit ». C’est lâche! C’est vraiment gênant et honteux d’assister au quotidien à ses manifestations.

Des Camerounais massivement dans la rue pour une marge contre terrorisme
Des Camerounais massivement dans la rue pour une marche contre terrorisme

En effet le tribalisme mine la cohésion et l’unité nationales. Comment, dans un tel contexte, espérer bâtir une Nation unie et lutter pour le développement, avec des citoyens qui s’excluent mutuellement ? C’est une utopie. Le tribalisme entretient des frustrations et fait le lit de la violence. Certes, il ne s’agit pas toujours de grandes explosions de violence ; non !Il s’agit de la petite violence au quotidien, la petite violence pernicieuse; la violence ravalée, née du sentiment d’injustice et de rage impuissante et qui vous font « attendre votre tour pour leur faire voir à ces gens là ». Cette violence là est plus dangereuse.

Il n’y a qu’à voir comment les Camerounais sont agressifs, à la limite de la barbarie ! Évidemment, le tribalisme nie l’individu, lui renie ses droits les plus élémentaires, l’empêche tout simplement de s’exprimer et de vivre. Certaines tribus par leur pouvoir politique, économique ou social confisquent tout et se disent les meilleurs puis persistent finalement dans la perversion et la gabegie. Milles fois Dommage!

Oui, des solutions existent. Chaque Camerounais où qu’il soit doit pouvoir promouvoir l’anti-tribalisme et l’unité de la Nation par tous les moyens possibles, afin d’extirper le tribalisme systémique dans son entourage, dans les entreprises, dans les ministères, dans les PME, dans les associations, au sein des groupes,… Bref, partout où cette tare sévit… Ce n’est pas l’affaire d’un individu (fût-il chef de l’État). Il n’y avait rien qui prédisposait le Bassaa, l’Ewondo, le Bafia…à vivre dans un même pays que le Bamileke, le Ngoumba, le Foulbé, le Douala…

Ils s’y sont retrouvés par pur hasard! Il aurait suffi que le stylo qui dessinait et divisait la carte de l’Afrique à la Conférence de Berlin se soit égaré pour que le Cameroun n’ait pas existé ou soit autre chose. La réalité tribale a donc précédé l’État. Donc tant qu’il y aura des tribus au Cameroun, on se doit de vivre ensemble! Le problème est de réduire le mal et de le contenir dans des proportions qui le rendent inoffensif. L’éradication complète du tribalisme est un leurre, je le sais. C’est indiscutable. Il ne finira jamais.

Mais, si déjà, nous parvenons à l’extirper de nos mentalités, on aura fait un grand bon en avant.
La tribu est un trait de notre pays et fait partie de l’identité de chacun de nous. Alors chacun a le droit de valoriser la sienne. C’est légitime. Il y a forcement des forces, des effets positifs que le Cameroun entier pourrait tirer de chacune de ses 250 tribus. Elles se valent d’ailleurs toutes. Tant que nous sommes tribalistes, ben le Cameroun lui, reculera toujours et ne sera donc pas un pays unifié. Et le fameux 20 mai ne servira donc vraiment pas à grand-chose, si ce n’est une formalité de défilé et de festivités. Eh oui !

Alors, Camerounais, Camerounaises, on est tous frères et sœurs et nous devons nous unir réellement autour de notre seule et unique tribu: LE CAMEROUN!

Hum, une idée tout de même. Pourquoi d’ailleurs on ne créerait pas, comme la CONAC (Commission Anti Corruption), une Commission…Anti Tribalisme : LA CONAT. Je serais peut-être son président hein! N’est-ce pas? Tsuip!!!

 Au MBOA, nous sommes vraiment formidables.

Fabrice NOUANGA
Contact WhatsApp : +237 694-658-721

 

 

1 commentaire sur “CAMEROUN: Le tribalisme, le seul vrai obstacle à l’unité nationale

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