Route nationale Yaoundé-Douala: la tueuse en séries

« L’axe lourd » Yaoundé-Douala tue vraiment. C’est le constat macabre que j’ai pu faire ce weekend, quand je l’ai emprunté. Chaque jour,  les usagers empruntant cette route nationale,  affrontent l’enfer, le vrai. Lorsqu’on sort de chez soi pour se rendre à Yaoundé ou Douala, et qu’on prends cette voie, l’on est toujours sûr de partir certes, mais jamais certain d’arriver. Le voyage, oui tout le voyage de près de 5h, se fait la peur au ventre; car il n’est pas exclu qu’une catastrophe soit brusquement arrivée. Le coeur bat la chamade. Évidemment, plusieurs usagers comme moi, s’en remettent au bon Dieu et à ses Anges, pour leur protection pendant tout le voyage.

Une très grande proportion des accidents graves survenus sur ce très célébrissime « axe lourd » Yaoundé-Douala, qu’il ne serait pas exagéré d’appeler: « l’axe de la mort », est due en majorité à la dégradation de cette piste meurtrière: la « tueuse en série ».  C’est vrai, d’autres facteurs humains tels que l’abus d’alcool, la vitesse excessive ou même l’usage du cellulaire au volant, ne sont point négligeables. Mais en majorité, le coupable de ces hécatombes à répétition, c’est bel et bien, la route elle-même. Elle est tellement mal configurée et surtout trop mal entretenue.


« L’axe lourd » Yaoundé-Douala, juste 240 km, vieille de plusieurs décennies, est donc la route la plus extrêmement dangereuse du Cameroun et où les morts s’accumulent au jour le jour.
De nombreuses routes sont assez dingues au Cameroun, mais celle qui relie Yaoundé à Douala doit être la plus incroyable. Son itinéraire est très mortel, au propre, comme au figuré.

L'axe lourd Yaoundé-Douala coupée il y a quelques jours...
L’axe lourd Yaoundé-Douala coupée il y a quelques jours…

UNE ROUTE EXAGÉRÉMENT DANGEREUSE…

L’exiguïté de ce tronçon, la saturation, la dégradation et le nombre d’agglomérations qu’elle traverse, sont autant d’éléments qui y causent les deuils au jour le jour. La voie d’une étroitesse étonnante, accueille quotidiennement de milliers de véhicules toutes catégories confondues. Vu la dangerosité du parcours, il faut choisir sa compagnie de voyage avec soin. Ce que j’ai heureusement fait. La route Yaoundé-Douala est étonnamment étroite, sinueuse et gravillonneuse. Terrible!

Et avec cette voie bizarre, les poids lourds et autres gros camions frôlent les habitations et les piétons, quand ils ne roulent pas carrément et ne stationnent sur les trottoirs. Ces derniers étant eux aussi trop réduits, voire abîmés. Un vrai problème. Bien plus, l’on se retrouve parfois avec une route transformée en piscine à la moindre pluie, car bourrée de nids-de-poule. De gigantesques trous qui ont ainsi envahi la chaussée, rendant parfois impossible une bonne circulation.

En revanche, que dire des marquages au sol et la signalisation?  Ils sont quasiment ou totalement invisibles sur cet « axe lourd ». Délimitation de la chaussée par rapport aux trottoirs, flèches de direction, passage clouté, marquage de terre-plein, etc. Toutes ces indications apprises dans les autos-écoles existent plus dans les livres que dans la réalité. Yaoundé-Douala s’en moque. Le désamour est donc souvent trop vite consommé, avec des conducteurs et des passagers qui sont nombreux à avoir l’estomac noué, lorsqu’ils circulent sur ce genre de piste.  Évidemment, on ne peut que s’y sentir « en insécurité » constante. En cause : le manque d’entretien des infrastructures et la mauvaise signalisation des zones de danger. Un vrai calvaire.

L'axe lourd Yaoundé-Douala bricolée après son effondrement...
L’axe lourd Yaoundé-Douala bricolée après son effondrement…

UN PARC AUTOMOBILE EXTRÊMEMENT VÉTUSTE…

C’est vrai la route tue. Mais, l’une des caractéristiques du parc automobile qui circule sur « l’axe lourd » Yaoundé-Douala, c’est bien sa vétusté. Des véhicules sans visites techniques à jour, véritables cercueils roulants. L’on constate malheureusement que, que ce soit pour le transport des personnes ou pour celui des marchandises et d’hydrocarbures, la moyenne d’âge des véhicules est située entre 20 et 30 ans, et tout ça dans un état de délabrement très inquiétant. L’examen de ces vieux véhicules révèle que, 80% d’entre eux, ont un age trop avancé. Du reste, un des traits révélateurs de cette vétusté est le taux d’échec relativement élevé aux visites techniques périodiques. Un gâchis.

Cette situation est évidemment préjudiciable aux propriétaires de ces « vieux » engins qui consacrent plutôt des sommes exorbitantes et s’entêtent à les réparer, au lieu de s’en acheter des neufs. Et c’est bien souvent un grave facteur à l’origine d’accidents mortels sur cet « axe de la mort ». On le voit donc, les véhicules qui circulent au quotidien entre Yaoundé et Douala, sont d’une usure indescriptible, trop anciens, dans un trop mauvais état et surtout un très mauvais entretien. De vraies carcasses, uniquement utiles pour la ferraille.


UN INCIVISME NOTOIRE DES USAGERS…

Et les hommes eux-mêmes alors dans tout ça? Attardons-nous en troisième lieu sur les usagers. De nombreux manquements sont observés chez les usagers de cet axe: la somnolence au volant, les dépassements défectueux, le mauvais stationnement, la violation des feux rouges, la surcharge des véhicules et des motos, la conduite en état d’ébriété, ou sous l’emprise de la drogue, le refus de boucler les ceintures de sécurité, etc.…Autant d’imprudences d’automobilistes qui rendent « l’axe lourd » Yaoundé-Douala, très…dangereux et cynique. Cette situation due en partie aux raisons invoquées plus haut, est accentuée par ces folies des hommes. Nombreux en effet, sont ceux qui ne respectent aucunement pas les règles les plus élémentaires de sécurité. Vu leurs comportements indigestes, la plupart des conducteurs qui empruntent cet axe, devraient être internés dans des centres spéciaux de ré-dressage des mentalités. Dis donc, c’est quoi ces chauffeurs toujours pressés et aussi délinquants?

La sécurité routière ne leur dit absolument rien.  Malheur au passager qui, bien qu’étant dans ses droits, finit par écoper, dans un accident qu’on pouvait pourtant éviter. Conséquence: une infirmité à vie ou la morgue carrément. Les passages cloutés, les panneaux, le marquage, lorsqu’ils existent, ne disent absolument rien à personne. On roule ainsi à tombeau ouvert, chacun voulant absolument passer en premier et arriver le plus vite possible, sans urgences pourtant. N’allez pas demander à ces chauffards camerounais la signification des règles élémentaires de conduite. Ils ont d’abord des permis? Vrai, il fait peur d’emprunter « l’axe lourd » Yaoundé-Douala. Ça craint.

Matin et soir, tout le long de la journée, en jours de semaine ou en week-end, certains conducteurs agissent comme de véritables terreurs. Si les radars devraient avoir un effet dissuasif quant aux excès de vitesse, les spots où ces équipements ont été installés ayant été repérés, certains automobilistes ralentissent à ces endroits précis pour foncer brusquement à 200 km/h, deux mètres plus loin. Qui plus est, certains radars n’étant toujours pas opérationnels, plusieurs automobilistes narguent ces spots en appuyant sur le champignon. De vrais pilotes de formule I.

 

La route Yaoundé-Douala: un axe trop étroit, et des véhicules trop vetustes...
La route Yaoundé-Douala: un axe trop étroit, et des véhicules trop vétustes…

UN LAXISME ACCRU DES FORCES DE SÉCURITÉ…



De temps en temps, quand vous empruntez « l’axe de la mort » Yaoundé-Douala,  vous verrez le long de la route, des voitures de polices et de gendarmerie stationnées sur des trajets, pour des contrôles et autres contraventions. J’ai souvent ri devant les prouesses de certains à contourner les règlements ; on s’est mis béat d’admiration devant le « culot » des personnes qui violent les règles et se mettent au chantage. Malheureusement, la corruption, les abus sociaux, les petites combines, sont devenus monnaie courante sur cette route. Aucune rigueur, aucun sérieux. On ne craint plus l’homme à l’uniforme puisqu’il est lui-même corruptible. On peut donc surcharger, excéder sa vitesse, être en état d’ébriété ou de drogue, mais être sûr de traverser la police ou la gendarmerie en glissant simplement un billet de banque au passage.

Cette insécurité dans laquelle les citoyens sont plongés par ce manque de rigueur et d’autorité, cette impunité construite sous forme de système, par nos forces de l’ordre, font que « l’axe lourd » Yaoundé-Douala restera toujours aussi meurtrier. Sans être punis, les usagers indélicats prendront toujours des risques au détriment de la vie des personnes. Le manque d’éthique, le cynisme, le culte de l’informel, l’indifférence des citoyens devant les violations notoires des lois dans la circulation, notre indiscipline austère, notre laxisme, notre complicité dans le mauvais déroulement des services et institutions nous valent aujourd’hui tous ces morts sur la conscience. Une hécatombe à cause d’une insoutenable légèreté de la police ou de la gendarmerie, on peut pourtant l’éviter.



 UNE ROUTE POURTANT SI IMPORTANTE, MAIS…

La route nationale N°3 comme on l’appelle, le fameux « axe lourd », relie pourtant les deux grandes métropoles Yaoundé et Douala. Elle constitue à cet effet, un axe essentiel à l’économie du Cameroun. Elle assure certes, la liaison entre les deux principales villes du pays mais aussi celle des autres pays de la sous région comme le Tchad et le Gabon.

Mais, curieusement, elle est dans un état lamentable, si étroite et truffée de gros nids de poule. Conséquence: la circulation y est très risquée, causant de nombreux accidents fatals. Ces accidents doivent rester comme une marque indélébile dans nos cœurs, mais aussi une réelle honte. Nous ne pouvons plus nous cacher la vérité, à ce rythme, c’est une véritable descente aux enfers. Nous sommes tous responsables, tous coupables. Alors il faut que cela change, et au plus vite! Dieu merci, j’ai pu faire le voyage sain et sauf.

Un clin d’oeil à mon frangin Pierre La Paix Ndamè pour ce vers poignant de Corneille, si bien paraphrasé dans son  dernier receuil poétique:

« AUX ÂMES BIEN NÉES, L’AVALEUR N’ATTENDS POINT LE NOMBRE DES ANNÉES ».

L’axe lourd Yaoundé-Douala serait peut-être cet « avaleur » là.

Fabrice NOUANGA

Contact WhatsApp: (+237)694-658-721

3 commentaires sur “Route nationale Yaoundé-Douala: la tueuse en séries

  1. Ah oui la tueuse en série continue de compter ses morts… et c’est finalement un problème d’infrastructures puisque même en fuyant la route pour le chemin de fer éh bien la Faucheuse-Avaleuse dessine son spectre macabre et ça pourrait continuer… dire que nous sommes en fin d’année… enfin damnés!
    Dieu…

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