J’ai été agressé et sucé par des femelles

Nous sommes au quartier « Etam-Bafia », plus précisément au lieu dit «Injection-Bar», dimanche 17 septembre 2017. Il est à peu près 21h19min, top pile. Il fallait absolument que j’honore ce rendez-vous exceptionnel avec elles.

 

 

Malheureusement, ce trou où elles vivent et m’ont invité, est un endroit où règne, outre une insalubrité déconcertante, une insécurité frissonnante, mais aussi et surtout une pauvreté des plus scandaleuses. J’acceptai tout de même !

 

 

Nous prîmes place dans le célèbre bar. Là-bas, la promiscuité et l’insalubrité dictent leur loi. Tout à côté, une odeur pestilentielle se dégageait des lieux. Par endroits, une petite broussaille côtoie presque chaque habitation, favorisant ainsi l’épanouissement des souris, des rats, des moustiques et autres rongeurs et reptiles. Les déchets accumulés çà et là et les latrines côtoient les puits d’eau infestes et les eaux de ruissellements. J’ignorais vraiment que  » Etam-Bafia  » était un Texas. Il faut avoir des couilles solides pour y vivre. C’était l’enfer, onong.

 

 

Jusque là, tout se passait pourtant très bien…

 

 

Il est à peu près minuit 30min. Après des fous rires et de grands moments de retrouvailles autour de quelques bières bien tapées, accompagnées de porc bien rôti et de bon poisson « braisé », il fallait aller dormir. Elles me proposèrent alors de passer la nuit avec elles, chez elles. Naturellement, à cette heure là, par sécurité, je ne pouvais plus rentrer chez moi.

Elles m’entrainèrent alors dans un couloir obscur…Et là, se trouvait leur chambre. Elles y vivaient depuis quelques mois. Dans cette chambre misérable, ouverte justement à tous les vents, les souris entraient par les nombreuses fentes, crevasses et trous.

Du sang… Tel qu’elles l’aiment. Cc: pixabay

Je m’assis un instant pour mieux contempler le taudis. Le toit et le sol se joignaient sur un côté, ne permettant pas à un homme de ma taille, de se tenir debout. Par les innombrables lézardes, entrait le vent glacial de la nuit. Dans le coin, se trouvait un lit de bois recouvert d’un matelas. Nous avons de nouveau papoté un peu et ressassé quelques vieux souvenirs, jusqu’au moment où mes paupières se mirent à se fermer.

 

Il est presque 1h du matin. Je baillais aux corneilles. Je finis par me coucher sur le lit de fortune qu’elles m’avaient dressé pour la circonstance, une natte en même le sol, avec un morceau de drap qui me couvrait à peine les pieds. Nous ne pouvions pas suffire tous sur le petit lit. Je préférai donc m’étaler au sol.

Tout était désormais calme dans la chambrette. Plus aucun mouvement, plus aucun bruit. Sur ce ciment froid, je tourne, me retourne, puis finis par m’endormir. Tout le monde était à présent dans les bras de Morphée. Mais, c’était sans compter sur ce qui devait froidement m’arriver quelques minutes plus tard.

 

 

Puis, soudain, tout bascula…
Il est presque 1h30 du matin. C’est un silence de cimetière qui règnait. La nuit devenait plus chaude et calme. Puis subitement, sur « la pointe des pieds », je les ai senties arriver et m’approcher. Je commençais à ouvrir un œil. Et là, malgré leurs toutes petites tailles, très petites vraiment, malgré leur ambition de ne pas être aperçues et dévoilées, j’ai pu ressentir leur présence tout près de moi. Je ne dormais d’ailleurs plus. Je les voyais s’approcher en bande. C’est alors que j’ai commencé à tourner et virer sur la natte, voulant me relever, évitant leur regard, feignant de ne pas les voir, de ne pas les entendre, de ne pas les écouter ronronner. Mais rien à faire ! Elles étaient déjà là, face à moi. Ces suceuses intrépides, qui ne raffolent que de sang frais humain.
J’étais désormais conscient que ma nuit dans cet enfer, allait être hachée et gâchée. J’avais pris le gros risque. Mais, j’étais malheureusement toujours cloué sur cette natte au sol, incapable de me lever, surtout avec toute la bière que je venais de boire. Et puis, subrepticement, elles se sont farouchement approchées d’un coup, pour m’anéantir et me broyer.

 
Des femelles si dangereuses et farouches…Véritables suceuses de sang frais…

 

 

 

Une première femelle a frôlé mon torse nu avec son corps, sans la moindre pudeur hein. Elle s’est enfoncée en moi et m’a défoncé. Remarquant mon apparente indifférence, une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième… se sont agrippées sur moi. Armées jusqu’aux dents, elles se sont toutes, en bande soudée, pressées contre mon corps et m’ont mordu sans scrupule jusqu’à mes plus intimes recoins. Quelle douleur !
Je me battais corps et âme. Je ne pouvais crier malgré la douleur. Je me démenais juste comme je peux. Je m’évertuais simplement à les chasser lamentablement de mes deux mains, encore et encore. Mais, curieusement, les bonnes dames s’en foutaient et se moquaient de moi. Elles continuaient ainsi inlassablement et méchamment leur sale et sadique besogne. Tout ce qui les intéressait, c’était mon sang. Oui, mon sang frais. C’est de ça qu’elles se nourrissent ces vampires d’un autre genre. Alors, elles le suçaient à fond et s’en régalaient agréablement.

 

 

Une attaque nocturne brusque, lâche et foudroyante…

 

Lorsqu’elles m’agressaient, avec leurs longues pièces buccales en forme de trompe rigide de type piqueur-suceur, elles m’injectaient un peu de leur salive, riche en anticoagulant. Ce qui leur permettait de mieux aspirer et de bien conserver mon pauvre sang fraîchement pompé.

Ce liquide qu’elles éjaculaient sur ma peau, provoquait alors sur celle-ci, des brûlures et des douleurs atroces et des démangeaisons et boutons insupportables. Leur attaque nocturne, brusque et lâche était foudroyante. Leurs piqûres et leurs morsures désagréables, irritantes, énervantes, exaspérantes…étaient là, visibles sur tout mon corps. Je grognais.

 

 

Que de sang perdu en une seule nuit !

 

 

J’étais obligé de subir un peu plus leurs marmonnements. Surtout que j’étais sans défense. C’était une nuit presque suicidaire. Je n’avais jamais vécu pareille agression de ma vie. J’ai dû pèter un plomb. Je me suis même mis à gonfler. Mais étonnamment, mes odeurs de transpirations mêlées à ma sueur et à l’alcool que j’avais bu, semblaient plus les attirer et les exciter.

Puis, brusquement, au bout d’un moment, plus rien. La nuit est subitement redevenue calme. Les femelles suceuses ont disparu, mon sang plein dans leur ventre. Elles m’ont vidé complètement. Elles sont parties, m’abandonnant sans force. Aïe mesdames, vous m’avez bien eu, onong. Quelles misères !

Que de sang sucé. Crédit photo : pixabay

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Mes suceuses n’étaient pourtant que des anophèles…femelles…

 

J’ai regardé l’heure. Il était 4h47 min. Cela faisait maintenant un bon bout de temps que ma nuit était aussi mouvementée et folle, toute hachée par la venue satanique de ces montres d’anophèles femelles, ces moustiques qui donnent des sueurs froides et la trouille. Oui, ces moustiques qui font mourir de paludisme et de fièvre.

Je comprends finalement pourquoi, dans cet elobi perdu de Yaoundé, moustiquaires imprégnées, grillages aux fenêtres, spirales anti-moustiques, sont autant utilisées. Chacun y va de sa manière pour mettre sa petite et misérable famille hors de danger. Ici, généralement, à partir de 18heures, on s’enferme.

Une suceuse de sang frais en plein agression. Cc: pixabay

 

Et ces jeunes filles, des cousines…

 

Je n’arrivais plus à m’endormir. Ma jeune cousine et sa petite sœur ronflaient pourtant à côté, sur leur lit. Ah, comme je les enviais. Elles semblaient être habituées à ces pétasses de moustiques. Evidemment, c’est grâce à elles que j’ai découvert ce trou d’enfer « d’Etam-Bafia ». C’est pour elles que j’ai tenu à passer la nuit là-bas. Je tenais tant à passer cette nuit avec elles, 2 ans après la disparation de leur mère.

À cause de mes occupations, je n’avais jamais pu être à leurs côtés pour les réconforter. Nous passions le temps à nous à parler au téléphone. Dieu merci, j’ai finalement découvert leur triste condition de vie et leurs misérables peines dont elles me parlaient très souvent, dans ce quartier perdu d’Ongola où elles vivent depuis très longtemps, en vendant des beignets. Pfff, c’est vrai, je n’ai même pas pu dormir 1h de temps. Mais, malgré la douleur et la peur, je finis quand même par m’endormir d’épuisement.

 

 

Et puis soudainement, mes bourreaux réapparaissaient…

 

Il est 5h24 min. Pendant que je me retourne sur ma natte et me repositionne pour commencer à ronfler un peu, tout à coup : « Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » (oreille gauche), « Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » (oreille droite). « Gniiiiiiiiiiiii…Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii », encore et toujours « Gniiiiiiiiiiiiiiiiiii », puis « re-Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ». Je me réveillais de nouveau brusquement, au son nauséabond de ces foutus ronflements, en me grattant tout le corps. Purée de merde! Comment faire bon Dieu pour échapper à ce bruit d’aviation insectoïde orchestré pas ces sales vautours de moustiques affamés de sang ! Je les chassais lamentablement de la main, encore et encore.

 

 

En pleine action. Cc: pixabay

Puis, de nouveau du calme…Je me suis rendormi. Mais il était déjà 6h et je devais rentrer chez moi, m’apprêter pour le boulot, laissant sur la natte, des preuves irréfutables du carnage qui s’était passé entre elles et moi, cette nuit-là.
Quelles salopes, ces femelles de moustiques, suceuses de sang!

 

Fabrice Larry NOUANGA

2 commentaires sur “J’ai été agressé et sucé par des femelles

  1. Article superbement écrit , et qui nous laisse sur notre…soif, tant on aimerait qu’il soit plus long. L’auteur nous plonge en direct dans la réalité de ce quartier d’Etam Bafia, et il nous emporte au coeur de l’aventure avec son lyrisme tourbillonnant. Rien de tel qu’une bonne lecture pour faire accélérer les pulsations.

    1. Je suis flatté de susciter dans ce texte autant d’émotions. Merciiiiiii pour ces mots agréables. C’est une motivation à plus d’abnégation. Je me battrai à ne point décevoiron lectorat dont tu fais fièrement partie Izzz. C’est que les moustiques m’ont tant sucé ce soir là à Etam Bafia. Mais, ils ne m’ont pas enlevé la passion d’écrire… Ahahahaha

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