Séjour d’un (e) Mbenguiste au pays natal: comment ça marche ?

Ah enfin décembre ! Comme on le sait au Mboa, ce mois annonce le déferlement au pays des «Mbenguistes», cette diaspora camerounaise vivant surtout en Europe. En ce temps d’hiver insupportable à Mbeng, c’est le mois le plus propice pour eux pour fuir le froid et venir savourer le soleil doux du Kamer. Ainsi, il y a deux semaines a atterri « La Parisienne », comme on l’appelle affectueusement, la sœur cadette d’une amie d’enfance, partie il y a juste trois mois à Paname. Pour y faire quoi oh? Personne ne sait.

 

Bon, dimanche dernier, pour faire comme tous les autres, n’est-ce pas, j’ai décidé d’aller la saluer moi aussi. Hum, première curiosité, la nga ne me reconnaissait plus. Kieu !!! Et pendant que j’étais donc là, je remarquais curieusement que c’est tout le « village » qui s’était installé à la maison depuis son arrivée. En fait, dès que la go toussait seulement un peu là, quelqu’un courait vite à ses pieds. Que voulez-vous? Les euros étaient quand même dispo.
Evidemment, cette attitude insolite m’a particulièrement amusé. Et je me suis alors sincèrement demandé ce qui peut bien souvent mal tourner dans la tête de tous ces mbenguistes lorsqu’ils reviennent au pays. Curieusement, ils ont une façon typique d’agir et des comportements assez insolites et identiques.

Un avion d’air France qui vient d’atterrir…

 

 

– UN (E) MBENGUISTE SE FAIT TOUJOURS LONGTEMPS ANNONCER À L’AVANCE

 

 

Avant son arrivée, la « Parisienne » a annoncé à toute la République son arrivée au Bled. Les Mbenguistes ont tous la manie de se faire annoncer longtemps à l’avance hein, question évidemment de faire languir familles, amis et connaissances. L’impatience de ceux-là qui les attendent est alors souvent à son comble.

Je me souviens que tous les jours avant son arrivée, plus personne chez la « Parisienne » ne dormait. Les gens regardaient le ciel à chaque seconde, espérant enfin voir atterrir ce vol spécial ayant à son bord Madame la représentant(e) de la famille à Mbeng. On lui a d’ailleurs même fait quelque publicité partout où on passait hein. C’était un événement. Je me rappelle même qu’on a repeint les murs de la maison et placé les palmes à  l’entrée de chez eux. Un Mbenguiste, c’est quand même un roi chez lui oh. Pas n’importe quoi donc !

 

 

 

– UN (E) MBENGUISTE ADORE ARRIVER SOLENNELLEMENT

 

 

Hum, maaama. Le jour où la « Parisienne » a foulé le tarmac de Nsimalen, c’était du venez voir. Je ne sais pas pourquoi les Mbenguistes adorent le protocole comme ça massa. Leur arrivée ne doit jamais passer inaperçue. Jamais éh. Ils aiment descendre de l’avion de façon solennelle.

Le jour de l’arrivée à l’aéroport de la « Parisienne », toute la famille, tous les amis, toutes les connaissances, tous les anciens camarades, tous les voisins, tous les dragueurs, tous ses ex, bref tous ceux qui ont été alertés et la connaissent étaient sous la passerelle. Pour beaucoup qui n’avaient jamais pu se rendre à l’aéroport, c’était enfin l’occasion de voir un avion avec les yeux. L’émotion était donc à son paroxysme. Certains se sont même arrangés pour être à l’aéroport des heures et des heures à l’avance. Voir les gens venir les attendre ainsi donne forcément du baume au cœur de ces rois et reines non. Ça les fait sourire.

La « Parisienne », sachant donc qu’elle était tant attendue, s’est arrangée pour atterrir via « Air France », la compagnie des « riches ». Elle oserait prendre « Camair-co » à l’heure là que ça a commencé comment nor? Il faut qu’on sente quand même qu’à Mbeng, elle a les do dis donc.

Une fois atterrie s’en sont suivis étreintes interminables, embrassades, cris de joies et autres signes de liesse qui s’enchaînaient et se succédaient dans une ambiance chaude et conviviale, pendant que Madame cirait les grands airs, feignant carrément de ne plus reconnaître personne et même son pays hein. Sorcellerie, Ônong !

La Mbenguiste va bientôt atterir…

 

 

– UN (E) MBENGUISTE AFFECTIONNE L’EXHIBITIONNISME ET L’EXTRAVAGANCE

 

 

Ah yaaaa. Là alors la « Parisienne » a fait fort. Elle ne rit pas avec son apparence : elle adore s’exhiber. C’est même ce à quoi on la reconnait vite. En fait, les Mbenguistes n’ont pas d’âge. Seul critère commun : le look. À vue d’œil, leur style particulier impressionne les sédentaires du Mboa.

Frimeuse et vantarde, une fois descendue de l’avion, la « Parisienne » n’a passé son temps qu’à mettre fièrement en évidence, les tenues et objets de valeurs qu’elle arborait, savourant ainsi cet immense bonheur d’être enfin chez elle, dans son Mboa. Ouf !

À sa descente d’avion, elle traînait ainsi avec elle des sachets en plastique estampillés de noms de magasins européens (Tati, Darty, Auchan, Carrefour, Centre Leclerc…) et de grosses valises griffées, portant sur elle des vêtements et sacs aux marques les plus connues et célèbres : Levis, Vanessa Bruno, Louis Vuitton, Georgio Armani, Théophile Gauthier, Gianni Versace, Yves Saint-Laurent, Hugo Boss…Ceci pour faire tout de suite la différence avec nos « Chinois et Dubaï » que nous portons au pays là. En plus de ça, elle dégageait le parfum d’un Chanel, avec aux yeux des lunettes Dior et tenait en main le téléphone androïd Samsung le plus récent. C’est la montre et les bijoux que vous vouliez voir ? Même si ça pesait plus que son bras oh. Et puis quoi? Malgré sa peau devenue « blanche » par l’usage d’un djansang accéléré, la go là dosait massa.

Tout ce faste visait le tape-à-l’œil et le «m’as-tu vu» ! Eh oui, elle voulait nous montrer que Mbeng c’est le paradis ! Elle tenait à nous le prouver. Même si, c’était au prix de milles sacrifices et autres nuits blanches sans repos à se battre pour la survie à Mbeng hein. Ce qui comptait pour elle, c’était de nous éblouir, nous pauvres «villageois » restés au Bled. Minalmi !
Elle y ajoutait des talons de près de 10m de hauteur, et autre coiffure extravagante avec des mèches aux origines diverses et controversées, de type brésiliennes, indiennes ou malgaches, et qui lui arrivaient carrément jusqu’au fessier.

 

 

 

– UN (E) MBENGUISTE ADORE «WHITISER »

 

 

Cette attitude est l’une des plus visibles chez la plupart d’entre eux. Il faut absolument parler comme les Whites.

Et notre chère « Parisienne » « whitise » grave. Et avec les gestes hein. On dirait une vraie Blanche éh, mais à la peau noire quoi. Et pourtant, elle n’a pas encore fait plus de trois mois à Mbeng oh. Mâchant généralement et trop bizarrement des chewing-gums, on note chez elle et chez beaucoup de ses « collègues », une forte tendance à imiter le Blanc dans ses conversations . Je la comprends, elle a quand même vécu avec eux nor. Oh là ! C’est légitime ça. Elle nous sort donc tout le temps un de ces français whitisé mais avec un ton éwondorisé, au point de vous torturer parfois le pauvre tympan. Extraits : « je dis heu, en fait heu, beeuuh, fronchement… »
Parfois, en voulant trop tordre la bouche, on n’arrive même plus à comprendre ce qu’elle veut dire au juste. Mais de temps en temps, quand on l’énerve un peu, le vrai ton vrai ewondo revient tout seul. Anti !

Arrivée d’une Mbenguiste

 

 

– UN(E) MBENGUISTE AIME SURTOUT FAIRE LA FÊTE

 

 

Ah oui, hein, la « Parisienne » adore la fête. En fait, depuis deux semaines qu’elle est là, elle ne dort que dans les boîtes de nuit. Les Mbenguistes croquent donc la vie. Ce n’est pas pour rien qu’elle bosse si dur à Mbeng et fait de petites économies, des économies qu’elle vient ainsi bousiller en quelques jours de repos. Oui, ils se battent Dur à mbeng, les kamers… Certains font des boulots les plus ignobles et dégradants. Mais ne vous le diront jamais, juste par honte.

Ainsi, pour oublier ces frustrations de la vie si pénible et difficile de Mbeng, ils font donc beaucoup la fête une fois sur place. Venez alors les voir dans les boîtes et les snacks ! En compagnie d’une horde de parents ou d’amis, souvent un peu «villageois» (selon eux hein) et flatteurs, qui ne vont pas hésiter à leur coller de petits noms tels que « presiii », « grand boss », « big récé »… Tout ça pour espérer une grande Guinness et un morceau de porc braisé.

Ainsi, en un mois de séjour, les Mbenguistes visitent parfois tous les snack-bars, cabarets, restaurants, boîtes de nuit de tout le Mboa. Très peu passent vraiment du temps en famille et se reposent même hein. Et pourtant, ils devraient. Question d’oublier un peu le stress et la vie trop trong de Mbeng.

Et quand ils reviennent, ils ont toujours une «meilleure petite» ou un « meilleur petit » resté au Mboa, qui marche avec eux, tient le sac et les accompagne partout. Leur repos du guerrier quoi… Le «bon petit» ou la «meilleure petite» avec qui on peut s’envoyer en l’air, après parfois beaucoup de jachère à Mbeng. On lui promet ainsi le mariage quand on reviendra définitivement au pays. Minalmi. De temps en temps, on lui tend quelques euros en signe de patience et de consolation.

Tel qu’elles aiment s’habiller et faire la fête

 

 

Les Mbenguistes, des camerounais(es) d’un autre genre
Ah oui, ainsi sont les Mbenguistes. Toutes ces attitudes observées chez la plupart d’entre eux s’apparentent à un défi. Le défi vis-à-vis de la vie, le défi vis-à-vis de la société, celle qui jadis les regardait de haut quand ils vivaient encore au Cameroun. Et qui, par le choc des rencontres privilégiées que produit la fréquentation des endroits chics de l’Europe, les découvre désormais différents, grâce à leur argent amassé à Mbeng, à la sueur de leur front et même parfois de leurs fesses. Ah oui.

Il faut donc montrer aux bledards qu’on a « réussi »; que Mbeng c’est le paradis. C’est vrai, au prix de trop de sacrifices et de travail ardu. Oui, quelle revanche! The last but not the least.

 

 

Et pourtant…

 

 

Le hic, malheureusement, c’est qu’à côté de toute cette vie de luxe, de fêtes et de complexes, la famille, elle, croule toujours sous le poids de la misère. Et pire, eux mêmes n’ont vraiment pas d’avenir trop certain, pendant que des centaines de millions de Cfa s’envolent pourtant dans l’éphémère, lors de ces séjours de complaisances! Tsuip !!!

 

Dans tous les cas, bon séjour au pays la « Parisienne ». Le travail t’attends hein. Repose-toi donc surtout bien. Hum, on m’a soufflé qu’elle serait en fait… »papy-sitter » dans une maison de retraite à Paris. Chapeau bas Big Récé ! Tu as préféré abandonner ton chic salon de coiffure ici et t’aventurer par la Lybie pour atteindre la France. Dieu merci, heureusement que toi t’as échappé à  l’esclavage moderne !

 

 

Fabrice Larry Nouanga

3 commentaires sur “Séjour d’un (e) Mbenguiste au pays natal: comment ça marche ?

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