Cher Trump, non, tu ne t’es pas trompé

Cher Trump,
Excuse moi de te tutoyer. Non, ce n’est pas de la merde. Par ce billet, je souhaite juste mieux me rapprocher de toi et me faire facilement comprendre.

Ton fameux « shithole countries » – traduisons « pays de merde »- balancé par toi, le très célèbre et charismatique président américain à polémiques pour désigner Haïti, Salvador et les pays africains, n’en finit plus de faire couler beaucoup d’encre et de salive dans nos pays indexés. Tes grossiers propos ont ainsi défrayé la chronique et créé l’indignation partout. Les Africains se sentent par là humiliés et insultés.

Mon cher Trump,

Tu te plains de voir les Africains envahir ton Amérique avec leur merde de misère. Sans pour autant cautionner ces grossièretés que tu as débitées, je t’écris cette lettre pour te dire pourquoi les frères s’aventurent tant dans ton cher pays de marbre. Ils sont effectivement très nombreux, ces Africains, qui fuient la « merde » au quotidien et qui bravent les océans et les déserts à la recherche de l’eldorado occidental.

Cher président Donald,

Sais-tu seulement que, sur 10 informations concernant l’Afrique diffusées à CNN, là-bas aux USA, 8 informations concernent de tristes malheurs ? Oui, des informations qui ne te parleront que de coups d’État, d’épidémies, de guerres civiles, d’enfants soldats, de corruption, d’immigration clandestine, de noyades, de terrorisme, de famines, de pénuries, de faux médicaments…

Eh oui, tu le vois : le tableau est si sombre et délirant. Il est clair que d’innombrables personnes souffrent le martyr partout sur ce continent de merde. Ils broient du noir. Effectivement, c’est tellement indigeste, du coup, ils se ruent vers ton cher pays de rêve.

Cher Trump,

Sais-tu que chaque seconde, de milliers d’entre nous meurent à cause de la faim, des maladies, de la guerre et cela après des semaines et des mois d’une souffrance horrible ? Cette atroce souffrance qui ne se limite parfois pas à la simple douleur physique, mais qui inclut la détresse psychologique et mentale des concernés et de leurs proches, qui, souvent, doivent regarder étourdis, leurs enfants mourir dans leurs bras. Dans nos « pays de merde », la vie est parfois si difficile et mourir est devenu si courant, que la mort est finalement transformée en « bénédiction ». Ah oui !

Je voudrais te dire cher Trump,

L’Afrique elle-même dépeint donc un «continent de malheurs» ou si tu veux de « merde ». Les Africains ont tant «mal». Oui, ils saignent dans leur cœur et dans leur chair. Certains subissent des traumatismes et des douleurs indescriptibles, dus à des infections, des maladies et autres conditions invalidantes. Chaque fin d’année, le bilan est lourd et macabre : de millions de nouveaux orphelins à cause du SIDA, des déplacés de guerres, des corps mutilés, des handicapés graves, des réfugiés par milliers. Tout récemment encore, c’est Ebola qui est arrivé, tous les jours l’épidémie  décimait une bonne partie de la population dans les différents pays touchés. Le chômage, la pauvreté et la misère sont naturellement le plat exquis et quotidien de tout un peuple. Il s’en régale bien.

Cher Trump,

Ce manque du nécessaire, même le plus élémentaire (de l’eau en quantité suffisante, de l’électricité, l’hygiène quotidienne, les vêtements, un foyer et encore pire, de la nourriture), entraîne des souffrances incommensurables pour près de la totalité des personnes en Afrique. Et les conditions de vie ne font qu’empirer. Tout ne fait que s’aggraver. C’est ça notre merde.

Mon cher Trump,

Bien que les pays africains ont obtenu leur indépendance depuis plusieurs dizaines d’années, sais-tu qu’une grande majorité d’entre eux vivent toujours en dépendant des puissances étrangères comme la tienne et en particulier de celles qui l’ont colonisé dans le passé ? Cette nouvelle forme de «système colonial» handicape énormément ces pays puisqu’ils perdent toute autonomie et continuent de s’endetter toujours plus de jour en jour. Une grande partie des ressources produites servent ensuite à payer les intérêts de ces dettes. C’est ça notre merde.

Cher Trump,

En Afrique, peu nombreux sont les pays qui peuvent se vanter d’une stabilité sociopolitique. En effet, une grande majorité des pays africains souffre depuis des années de crises internes plus ou moins grave. Aussi, une fois au pouvoir, les chefs d’Etat africains finissent souvent par instaurer la dictature. C’est la raison pour laquelle, on entend toujours parler de coups d’Etat ou d’élections dont les résultats suscitent d’énormes contestations et mènent à des conflits désastreux. C’est ça notre merde.

Cher Trump,

De nombreux pays africains fondent leur développement sur l’agriculture, pourtant, ils ne font rien pour la moderniser et la développer. Le système agricole couramment utilisé n’a connu aucune évolution depuis l’âge de la pierre : les bœufs n’ont pas été remplacés par des machines, les agriculteurs n’utilisent pas de pesticides pour protéger les récoltes… Avec un tel système, les pays africains n’arrivent même pas à assurer l’autosuffisance alimentaire. C’est la raison pour laquelle ils se retrouvent souvent face à la famine quand ils sont frappés par des catastrophes naturelles, qui sont fréquentes. Voilà la merde dont tu parles.

Cher Trump,

Nos pays font de très mauvais choix économiques. Les pays africains importent beaucoup de produits de chez toi. Malheureusement, cette situation contraint souvent les producteurs locaux à abandonner leurs activités, augmentant ainsi le nombre de chômeurs.Voilà donc la merde mon cher Trump.

Mon cher Trump,

Nos pays affichent une négligence accrue de leur système éducatif. Pour beaucoup d’Africains, l’éducation reste encore un luxe. Les établissements scolaires publics sont souvent négligés par manque de moyens et par manque de volonté de la part des dirigeants. En outre, ceux qui ont la chance de terminer leurs études ont énormément de mal à trouver du travail ou en trouvent mais en inadéquation avec les études qu’ils ont suivies. Voilà la vraie merde.

Cher Trump,

Ignores-tu que nos pays souffrent d’une corruption galopante et perverse ?  C’est d’ailleurs la plus grande merde qui ravage l’Afrique depuis des générations et qui continue à la détruire. Généralement, les aides financières venant de la communauté internationale, dont ton pays fait partie, ne sont pas investies en faveur de la population : elles vont directement dans les poches des hauts responsables du pays. Voilà la pire des merdes.

Cher Trump,
Que te dire finalement ? Voilà le triste constat. Voilà pourquoi nous quittons par milliers l’Afrique de merde pour envahir ton pays de marbre. Voilà pourquoi nous venons en masse et de façon clandestine dans ton pays. Je comprends ta colère. Mais essaye de nous comprendre aussi. Nous ne le faisons pas expressément. La merde nous accable et nous fait finalement fuir.

Cher Trump,

Tu le vois donc, ma lettre met en scène la souffrance que vit le Grand Continent. L’Afrique, berceau de l’humanité, devient aujourd’hui le temple des souffrances, la terre des misères. L’Afrique, Continent riche, devient un désert. Les cadres et les intellectuels vivent leur misère dans le chômage et les enfants, à cause des affres de la guerre qui ne cesse jamais et des maladies sans soins ni médicaments, croient pouvoir construire leur avenir dans le service militaire ou trouver asile dans la rue. C’est cela notre merde, celle qui nous rend migrants.

Bien des choses à toi. Au plaisir et à bientôt pour une nouvelle polémique.
Un Africain dans la merde.

Fabrice Larry Nouanga

 

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