Au Cameroun, le sexe est carrément sorti des chambres

J’ai rencontré Vanessa K. dans un coin chaud de Yaoundé ce lundi soir. Vanessa a 30 ans. Elle a vécu en concubinage pendant cinq ans avec un homme différent. Après sa dernière rupture, elle a commencé à travailler dans un salon de coiffure. Alors que son salaire de 25.000f ne lui suffisait pas pour nourrir ses trois enfants, payer son loyer et couvrir ses frais de transport et ses besoins, elle a décidé d’arrêter et de commencer à « sortir » la nuit, initiée par une de ses voisines et amie. Pour quoi faire ? Danser nue, « sans caleçon » en public, pour le seul plaisir des hommes. Curiosité très particulière : au delà de la danse obscène, la jeune femme « baise » en public, sans pudeur. Et chaque soir, dit-elle, l’argent gagné est 3 fois plus que ce que le salon lui donnait.

Comme de milliers d’autres femmes que j’ai rencontrées, Vanessa K. offre du plaisir. Elle donne son corps, son sexe, sa fertilité aux mâles, sans pudeur. Des mâles, qui, en échange, leur donnent de l’argent, beaucoup d’argent.

Le sexe s’expose bien. Credit Photo Aline Menou, prise dans un groupe facebook. Avec autorisation de l’auteur

Voilà là le Cameroun actuel. Un pays sexuellement dévergondé où le sexe est carrément sorti des chambres pour se retrouver partout. Partout : l’école, le snack, les bibliothèques, les transports en commun, à table, des pubs, des clips vidéos, des vidéos sur internet et les réseaux sociaux, des films, des sketches, des revues, des émissions, des discussions, des blagues (pas drôle la plupart du temps)…tout a pour contenu, le sexe! Oui, au Cameroun, le sexe est tellement roi. Il a pris le pouvoir et gouverne. Nous sommes dans une société de ouf. En effet, la banalisation du sexe contribue à une certaine perversion du sexe.

 

Quand certains abordent le sujet à table, ce n’est pas pour en discuter sérieusement mais pour montrer ses exploits, épater la galerie comme on dit. On rit sur des détails sexuels, on aime entrer dans l’intimité des gens parfaitement inconnus en leur posant des questions douteuses, on s’autorise la vulgarité etc. Bref, le sexe est devenu « léger » et les comportements pervers sont mêmes devenus tolérés. Ce qui auparavant se passait dans la chambre y est sorti et se retrouve en public! Impossible de marcher dans la rue, de naviguer sur le web, d’être assis devant sa télévision,  sans entendre ou lire des nanas de 14 ans qui se vantent d’avoir couché des dizaines de mecs ; de voir des mecs qui pensent que pour être un VRAI homme il faut tout simplement coucher avec le plus de filles possible, être un tombeur, un play-boy pff!

 

Désormais au Cameroun, au bout de 2 heures de relation, voire moins, on passe au lit sans se connaitre réellement car le but ultime de la relation ben, c’est le sexe. Car, pour certaines personnes une relation amoureuse sans sexe, ce n’est pas une relation. Tant que l’on n’a donc pas « mis le piment dans la sauce », il y a rien. Pour certain(e)s, être vierge ou puceau, c’est une tare, une honte. D’ailleurs, au Mboa, si t’es encore vierge à 25 ou même à 20 ans, c’est que t’as un problème. Tu dois être maudit. Les gens sont dans une quête irrationnelle du plaisir coquin.

 

Certaines personnes (je ne veux pas généraliser) veulent toujours plus de sexe en pensant que cela va calmer leur frustration et chasser Biya du pouvoir. Ils multiplient les partenaires, les expériences les plus salaces, les pornos… mais au final, ils sont toujours aussi vides qu’avant. Je ne comprends pas comment on peut dévoiler son intimité aussi facilement. Comment peut-on ne pas se respecter à ce point. Le sexe est partout. Le sexe est très fort. Tant que ça va faire de l’argent, du plaisir, de la joie…ça ne changera pas. Le sexe, omniprésent, rassemble et divise. Nous en sommes là. Dans une société où la sexualité s’expose partout et pour tout. Aujourd’hui, chez nous, tout est produit de consommation du chawarma à la pipe en passant par la chatte.

 

 

De nos jours, le sexe s’est démocratisé. On le voit partout. Alors qu’en général les gens n’aiment pas exposer leur corps, curieusement, on voit de plus en plus de corps dénudés, à la télé, au cinéma, dans les journaux, sur internet et même dans la rue.  Cette attitude de notre société pousse les gens à généraliser le sexe. Aujourd’hui, on ne couche plus par amour, on couche pour se détendre. Cela se prouve facilement par le nombre de personnes faisant l’amour sans s’aimer, par la rareté des personnes restant encore vierges jusqu’à leur mariage ou pire, par le nombre de viols ou d’attouchements sexuels.

Avoir du sexe aujourd’hui est si banal et facile. Pour les femmes, juste besoin de quelques conditions particulières, c’est sûr, mais pour les hommes, juste besoin d’un endroit, même si le fonctionnement de leurs organes génitaux peuvent être caractérisés de « machines » (on éjacule, on a un orgasme).

 

Le sexe gouverne au Cameroun. Crédit photo : groupe Facebook « Parlons d’amour »

Personne ne parle plus de la séduction, ce jeu subtil, cette belle alchimie, ce délicieux vertige qui conduit irrésistiblement deux êtres à se rapprocher. Au Cameroun, nous parlons plutôt de cette drague lourdingue, ce propos déplacé « pour plaisanter » qui autorise les hommes à se laisser aller à des blagues soi-disant légères, voire salaces sur les femmes. Nous parlons de ces attitudes de femmes qui se photographient nues et exhibent leur corps. Nous parlons de ce nouvel atout à la mode que sont les fesses et les seins féminins. Aussitôt ont-elles appris que cela rendait fous leurs Seigneurs les Maîtres que sont les hommes, et aiguisaient leur appétit sexuel, qu’elles se sont dépêchées d’en posséder coûte que coûte pour les exhiber outrageusement et sans aucun scrupules sur les photos et dans les rues.

 

Elles vont ainsi dans tous les marchés, fouiller dans la friperie, des torchons pervers et des haillons démodés des temps modernes, pour se ravitailler en DVD (Dos et Ventre Dehors), CND (Cuisses et Nombril Dehors), CSD (Cuisses et Seins Dehors), VCD (Ventre et Cuisses Dehors), CD (Cuisses Dehors), « String », « Taille basse », « Matelots », « Jupe tralala »…Pour ainsi bien étaler les fesses cambrées ; exposer les cuisses nues ; dévoiler les gros lolos et laisser deviner toutes les formes cachées et intimes du corps. Ces parties intimes sont carrément exposées au grand public: les seins, le nombril, les fesses, le vendre et bientôt même le minou lui même…  Les hommes ont ainsi fait d’elles, des pures esclaves sexuelles. La preuve, elles finissent toujours en missionnaires…que dis-je en soumissionnaires dans un lit. Et la nouvelle mode, c’est de porter les habits « sans caleçon » et sans soutien-gorge. Le ndombolo et les lolos sont ainsi mieux mis en valeur. Objectif unique : séduire le maximum de proies. Et les mecs tombent bien hein.

 

Et nous, ces hommes sans scrupules, avons trouvé tous les verbes insalubres et salissants  pour designer nos pratiques libidineuses: « baiser », « écraser », « piner », « nyass », « mbinda », « fouetter », « cogner », « manger », « couper »… Les plus polis, utilisent encore « faire l’amour »! D’ailleurs, c’est peut être anecdotique mais dans  » faire l’amour « , il y a le terme amour. Mais tel que le sexe est pratiqué de nos jours, c’est la pagaille. Faut alors écouter nos commentaires dans les bars…

 

 

Le sexe est donc devenu notre quotidien. L’intégralité de notre société s’y est penchée. Tout tourne autour du sexe. Il rend heureux et malheureux. Il donne la joie et le désarroi. Il construit et détruit. Son pouvoir donne l’espoir ou le désespoir. Le maîtriser est inconsidéré. Il est la saveur qui alimente le cœur de ses senteurs. Il est le Moteur des humeurs, directeur du labeur des Camerounais. Il est la Notion de dévotion, créatrice des plus grandes passions enchainées, quelque soit l’âge, le sexe, la religion ou le statut social.

 

Le sexe est partout et passionne tout un peuple. Triste ! Franchement c’est triste ! Heureusement que moi je n’aime pas le sexe !

 

Fabrice NOUANGA.

Contact WhatSapp : +237694658721

3 commentaires sur “Au Cameroun, le sexe est carrément sorti des chambres

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